Prologue Molène le 6 et 7 juin 2009

Pas moyen d'être tranquille...

Je suis un vieux phoque de Molène, je passe mon temps entre la pêche et les longues siestes sur les rochers de cet archipel du bvire_molne_CKB_13out du monde mais ce calme paradisiaque attire parfois des troublions venus du continent.
Ainsi, à la dernière lune, alors que je pêchais non loin du continent, j’ai vu partir en mer une bande de 11 hurluberlus dans ces kayaks qui servent à chasser les Nôtres dans le grand Nord.
Curieux, je les ai suivi à distance pendant leur traversée tranquille vers l'île de Béniguet...

Ils ont mis à l'eau des lignes de pêche, à les voir faire j'ai bien rigolé, ils ne risquaient pas de m'enlever le poisson de la bouche.

Ces petits marins prétentieux ont contourné Béniguet par le sud pour filer sur mes champs d algues préférés vers Quéménés, passant tout prés des Miens, les obligeant à plonger pour mettre leur petit en sécurité.
Pas moyen d’être tranquille!
Ils en ont bavé avant de se poser sur Trielen, vent et vagues dans la truffe, je les voyais serrer les dents et grimacer de plaisir.

Deux d'entre eux semblaient vouloir les quitter, ne parvenant pas à redresser leur cap, ils filaient à dreuz sans entendre les coups de sifflets des autres!

Pas moyen d être tranquille....

Un bon casse-croûte sur la grève à l'abri des goélands défendant leurs nids et les voilà repartis vers Molène dont ils ont fait le tour par l'ouest se tapant un bon clapot avant leur arrivée.

J'en ai vu une, sur un beau bateau jaune tout neuf, tenter de me rejoindre dans un gros plouf mais un chevelu rigolard sur un fringuant bateau blanc l'a rapidement remise sur son frêle esquif.

Après avoir monté leurs tentes près de la cale sud, ils sont partis à pied refaire le tour de l'île, laissant après eux deux paresseux avachis qu'ils ont retrouvé sirotant un soleil parfumé d'une tranche de citron vert.

Par une fenêtre ouverte sur l'Archipel, un goéland de mes amis a vu, envieux, cette joyeuse troupe se taper une spécialité locale bien fumée.

En sortant, un peu fumés aussi, ces labousig noz poussaient des cris bizarres: "CKK, CKB, CKK, CKB", troublant le silence de cette magnifique nuit de pleine lune.

Pas moyen d être tranquille....

vire molne ckb 14

Leur soirée s'est achevée dans l'autre bistrot de l'île qui vénère un de mes cousins (ma famille est grande), une vrai star celui-là, quoi qu’un peu jauni par les années.

Pendant leur sommeil, le vent se leva et leur réveil matinal a du être angoissant sous les grains violents qui cinglaient leurs tentes, fragiles refuges face aux éléments déchaînés.

Un ancien de la SNSM, dont je connais bien l'aviron, s'est inquiété pour eux à leur départ, jugeant les conditions difficiles. Après l'avoir rassuré, les voilà partis pour rejoindre directement le continent noyé dans de sombres nuages. Je les ai suivis discrètement et comme prévu, le beau kayak jaune se renversa, propulsant dans l'océan sa cavalière, toujours décidée à m'accompagner dans l'exploration des fonds marins.

La contrariant une fois de plus, le chevalier blanc s'empressa de la remettre sur son destrier indomptable.

(Beaucoup partant à dreuz ndlr) ce meneur prudent décida alors d'un changement de cap et guida sa troupe frileuse vers Quéménes et Béniguet, naviguant à l'abri d'îlots en îlots sur un océan de chevelures marines.

Les dimanches après-midi sont souvent longs par chez nous, et histoire de les occuper, j'ai rameuté des amis pour accompagner ce radeau de la méduse potentiel vers son destin incertain.

Les demi-bipèdes avaient l'air content de nous voir et pourtant criaient en nous montrant du doigt: "fock , fock".

Un ami irlandais qui passait quelques jours parmi nous leur a répondu: "fuck you toi même" mais je ne sais pas si il a été bien compris...

Enfin, croyant pouvoir profiter du calme relatif de la marée basse, les voilà engagés dans le chenal mythique  (le Chenal du Four, ndlr) suivis par notre discrète troupe d'anges gardiens à moustaches.

Le chevalier blanc, entouré de ces vassaux, est encore intervenu efficacement pour récupérer plusieurs pataugeurs rafraîchis.

Ces manœuvres délicates les ont retardés et malgré de très beaux surfs ils sont arrivés à la Grande Vinaudiére en pleine bascule de marée et le rodéo a commencé...

En quelques minutes la mer s'est fâchée formant de fortes vagues de plus de 2 mètres qui les ont bien chahutés, dressant la pointe des kayaks vers le ciel.

Assurant le spectacle, ils sont passés fièrement se mettant à l'abri pour récupérer au sud des Blancs- Sablons.

Le manque de public était à déplorer car le show valait vraiment le coup d'œil.

Il restait à franchir la pointe de Kermorgant où s'était formé un méchant courant difficile à négocier et sous les conseils du chevalier blanc, l'obstacle a été contourné en passant par une forte rivière formée par la marée sur laquelle ils ont du pagayer dur pour rejoindre une zone de calme et enfin, la terre ferme.

De loin, nous avons pu lire sur leurs visages la fatigue, le soulagement et la fierté, d’avoir réussi cette traversée délicate.

Notre curiosité satisfaite, nous sommes repartis à travers les flots vers nos rochers du grand large retrouvant ce calme qui nous va si bien.

J'ai entendu dire que ces aventuriers du dimanche devaient revenir plus nombreux à la lune descendante, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude !!

De toute façon, moi je pars quelque temps avec mon pote irlandais vers le nord, on y sera plus tranquille!!

 

Signé : Polo, la Grosse Saucisse de Molène

 

 

(*) publié sans l’autorisation de Polo Le Phoque, injoignable